On peut rire de tout mais pas avec tout le monde. La phrase, célèbre, est signée Pierre Desproges. Journaliste, chroniqueur radio avec le tribunal des flagrants délires sur Inter et télé avec la minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, Desproges reste un être à part dans le monde des comiques (pas sûr qu’il aurait apprécier ce terme, d’ailleurs..) Avant gardiste, précurseur éclairé, Desproges était d’une rare et féroce finesse. Rien ni personne ne trouvait grâce à ses yeux, mais il y a avait tellement de talent et d’intelligence qu’on se surprenait à rire des pires horreurs. Souvenez vous dans l’un de ces sketches. Desproges donnait 4 mots, il fallait trouver l’intrus : « Cancer, métastases, Swartzenberg, avenir ».

Provocateur, cynique, décadent, irrespectueux, Pierre Desproges s’attaquait à tout le monde et n’avait de pitié pour personne, à commencer par lui-même. Parler du cancer qui lui rongeait les poumons n’était pas tabou. Qui a oublié le fameux « Noël au scanner, Pâques au cimetière » ou encore « Depuis le temps que j’attends mon cancer, je ne vais pas partir sans lui ! ». Aujourd’hui Desproges est mort. Et ça fait 20 ans que ça dure. Vous allez me dire, ça n’embête que lui. Oui, mais nous aussi un peu quand même. Parce qu’il avait raison. On peut rire de tout mais pas avec tout le monde, surtout en ce moment… Etonnant, non ?